Jardingues.
Publié le 26 Septembre 2011
Le jardin n' est jamais perdu. Aussi, étant trop vieux pour croire aux révolutions, et n' ayant jamais eu de goût pour les manifestes politiques, je ne prône qu' une forme de rebéllion : le jardinage. Faites des jardins! De vrais jardins, bien sûr, des lieux insoumis, hors normes. Moi qui ai toujours été allergique à la civilisation, avec ce sang barbare de l' extrême Nord qui coule dans mes veines, j' ai fait un jardin sauvage. Vous, choisissez le style qui vous convient. Faites un tracé sur la surface de la terre, qui se prête toujours volontiers aux rêves des hommes, plantez un jardin et soignez le. Et protégez aussi les jardins qui restent et qui résistent, les vieux enclos plantés qui viennent de loin et qui continuent à rêver malgré le bruit insensé qui les entoure. Oeuvrez avec les poètes, les magiciens, les danseurs et tous les autres artisans de l' invisible pour rétablir le mystère du monde. De cette manière, vous ferez face aux forces contraires qui, aujourd'hui, semblent plus puissantes que tout. Vous n' opposerez pas une idéologie ou un projet politique au système en place, mais un simple lieu et ses valeurs simples. Vous n' aurez pas le désir absurde de changer le monde, vous ferez juste une petite place à la vie. La nature vous offre cette voie. Et, bien sûr, vous ne serez pas seuls dans cette bataille - bien qu'il soit inexact de qualifier de "bataille" ce travail si agrèable, si doux, plein de bonnes surprises et de récompenses qu' est le jardinage. Les dieux sont de votre côté. Oui, ces dieux qu' on a voulu chasser, eux aussi exilés sur terre mais toujours infiniment plus sages que les mortels. Ils ne sont pas rancuniers. Ils attendent les hommes,en souriantde leurs égarements et de leurs espoirs,derrière le portail entrouvert du jardin.
Jorn de Précy (1837-1916) in "Le Jardin Perdu" traduit de l' anglais par Marco Martella aux Editions Acte Sud.