Témoignage du général rondeau.
Publié le 5 Octobre 2009
Rondeau parfait à ses amis après sa délivrance.
En liberté maintenant me promène,
Mais en prison pourtant je fus cloué :
Voilà comment Fortune me démène.
C’est bien, et mal. Dieu soit de tout loué.
Les Envieux ont dit que de Noé
N’en sortirais : que la Mort les emmène !
Malgré leurs dents le nœud est dénoué.
En liberté maintenant je me promène.
Pourtant, si j’ai fâché la Cour romaine,
Entre méchants ne fus oncq alloué.
Des biens famés j’ai hanté le domaine ;
Mais en prison pourtant je fus cloué.
Car aussitôt que fus désavoué
De celle-là qui me fut tant humaine,
Bientôt après à saint Pris fus voué :
Voilà comment Fortune me démène.
J’eus à Paris prison fort inhumaine,
A Chartres fus doucement encloué ;
Maintenant vais où mon plaisir me mène.
C’est bien, et mal. Dieu soit de tout loué.
Au fort, Amis, c’est à vous bien joué,
Quand votre main hors du parc me ramène.
Ecrit et fait d’un cœur bien enjoué,
Le premier jour de la verte Semaine,
En liberté.
Clément MAROT (1497-1544) in "L’Adolescence clémentine"