Smocks
Publié le 11 Août 2008
Sur une page il y avait des smocks. Ils étaient à la mode en haut de robe, en empiècement de corsage. Pour un résultat aussi brillant, ils n'étaient pas difficile à réussir. Seule la préparation du tissu demandait du temps. Il fallait faire passer un fil de bâti de centimètre en centimètre. Le mieux était encore de marquer le tissu de points au crayon régulièrement espacés. Au bout du rang on laissait pendre un bout de fil. On recommençait sur six, dix rangs parallèles, autant que l'on voulait suivant le dessin à exécuter. Puis on irait tous ensemble les fils pendants. Le tissu se plissait en petits plis réguliers comme un accordéon de papier. On éprouvait devant de plissage une satisfaction de ménagère devant une pile de mouchoirs ou de serviettes bien repassés, rangées au carré dans l'armoire. Sur les tranches du plissage on jetait des points multicolores, des ponts de fils de toutes les couleurs, ou tout roses ou tout bleus, des viaducs de soie floche, de cotons mercerisés, un maillage de croisillons. Devant les smocks, leur joliesse, leur régularité, leur broderie associant le plissé, je songeais toujours au chemisier possible, à la robe à empiècement multicolore et de surcroît bouffante. Car la fabrication des smocks créait au dessous d'eux le vaporeux, le léger volume des tutus.
Marie Rouanet (née en 1936) "Cahier de couture" in "L'Infini de PI" Editions Climats 1999.
Formule