Ballade
Publié le 30 Janvier 2006
Ballade de la belle Heaumière aux filles de joie
Or y pensez, belle Gautière
Qui écolière souliez être,
Et vous, Blanche la Savetière,
Or est-il temps de vous connaître :
Prenez à dêtre ou à senêtre ;
N'épargnez homme, je vous prie ;
Car vieilles n'ont ne cours ne être,
Ne que monnoie qu'on décrie.
Et vous, la gente Saucissière
Qui de danser êtes adêtre,
Guillemette la Tapissière,
Ne méprenez vers votre maître :
Tôt vous faudra clore fenêtre,
Quand deviendrez vieille, flétrie :
Plus ne servirez qu'un vieil prêtre,
Ne que monnoie qu'on décrie.
Jeanneton la Chaperonnière,
Gardez qu'ami ne vous empêtre ;
Et Catherine la Boursière,
N'envoyez pas les hommes paître ;
Car qui belle n'est, ne perpètre
Leur male grâce, mais leur rie,
Laide vieillesse amour n'empètre
Ne que monnoie qu'on décrie.
Filles, veuillez vous entremettre
D'écouter pourquoi pleure et crie :
Pour ce que je ne me puis mettre
Ne que monnoie qu'on décrie.
François Villon (1431-1463?).
nota bonnée :
la heaumière c'est la dame du heaumier, qui fabriquait, au Moyen-Âge les heaumes, pièces d'armurerie pour la tête.
La confrérie des (gentils) heaumiers était particulièrement active sur le plan commercial, développant des relations avec les drapiers flamands et les archers anglois, et certaines des traditions heaumières perdurent à travers les siècles. Je ne prendrai comme exemple que la devise de la confrérie, un slogan publicitaire qui a vraiment marqué les esprits puisque, plusieurs siècles plus tard, nombreuses sont les modernes brodeuses quakérisantes qui brodent encore le fameux "Heaume, sweet heaume".