Pour toute question, en particulier la disponibilité des grilles des ouvrages présentés, vous pouvez contacter marie-therese.saint-aubin@orange.fr
Grâce à la bien veillante veille technologique de l'esquellent hébergeur over-blog qui lance les articles à ma place, ma bonnée, alors que, nouveaux Crésus, nous parcourons ce lundi les vignobles Tourrangeaux pour nous offrir de fringants gamays, d'aromatiques sauvignons, de capiteux côts et des petits chenins (sentant la noisette) j'inaugure ouvre une nouvelle chronique, fortement inspirée d'une série choc, hélas disparue d'un forum Accrocheur, mais qui survit parfois, irrègulière hélas mais toujours appréciée, sur le blogue d'une délicieuse "bavarde" égotique: les lundis irréguliers de la poésie
Repas de famille
Au bord du Loudjiji qu'embaument les arômes
Des Toumbos, le bon roi Makoko s'est assis
Un M'gannga tatoua de ses bras polychromes
Sa peau d'un noir vineux tirant sur le cassis
Il fait nuit: les m'pafous ont des senteurs plus frêles
Sourd, un marimeba vibre en des temps égaux;
Des alligators d'or grouillent parmi les prêles;
Un vent léger courbe la tête des sorghos;
Et le mont Kongoua rond comme une bedaine,
Sous la lune aux reflets pales de molybdène
Se mire dans le fleuve au bleuâtre circuit
Makoko reste aveugle à tout ce qui l'entoure:
avec conviction ce potentat savoure
Un bras de son grand-père et le trouve trop cuit.
George Fourest, "le Géranium Ovipare" chez José Corti
Une pouasie qui sent bon sa troisième république coloniale, mais qui me fait hurler de rire
.
Georges Fourest (1867-1945)
Né le 6 avril 1867 à Limoges, Georges Fourest suit des études de droit qui font de lui un "avocat loin de la cour d’appel", comme il aime à se nommer, vient à Paris, où il fréquente les milieux littéraires, collabore à plusieurs revues (La Connaissance, Le Décadent) et se rend célèbre avec La Négresse blonde (Messein, 1909, rééd. Corti 1986), préfacé par Willy. Placé sous le patronage de Rabelais, " Le Duc, le Roi, le Maître ", ce recueil qui aime la plaisanterie scatologique, l’allusion gaillarde et la métaphore burlesque cultive en fait l’intellectualisme puisqu’il ne cesse de travestir d’autres textes, en résumant parodiquement les grandes pièces du théâtre classique (" Carneval de chefs-d’œuvre ") ou en pastichant les poètes du XIXe siècle comme Verlaine, Laforgue ou Mallarmé dont il est nourri (les " pseudo-sonnets "). Constant dans la futilité et indifférent aux transformations de la littérature d’après-guerre , Georges Fourest fait encore paraître Contes pour les satyres (Messein, 1923, rééd. Corti, 1990) et le Géranium ovipare (Corti, 1935, réé. 1984), qui respirent une même atmosphère ludique et lubrique. Il meurt à Paris le 25 janvier 1945, mais après une période de désaffection, il est peu à peu redécouvert à mesure que se manifeste un regain d’intérêt pour la littérature 1900 : à la lumière des préoccupations contemporaines, ce " Fol de Cour " (Willy) devient un précurseur de l’hypertextualité et son culte de la dérision apparaît comme une ultime parade opposée au néant du monde.
buttiné sur le site des éditions José Corti
http://www.jose-corti.fr/auteursfrancais/fourest.html
Un haïkou bretonnant de frère Philippe
"Printemps sur la prairie
Round-up et lisier
Silencieux vers le ruisseau. "
tiré de "Le Bestiaire ou cortège d'Orphée" deux délicats poèmes de Guillaume Apollinaire, mort le 9 novembre 1918 de la grippe espagnole, grippe aviaire de l'époque.
L'écrevisse
Incertitude, ô mes délices
Vous et moi nous nous en allons
Comme s'en vont les écrevisses,
A reculons, à reculons.
* *
*
Le paon
En faisant la roue, cet oiseau,
Dont le pennage traîne à terre,
Apparaît encore plus beau,
Mais se découvre le derrière.
* *
*
et en bonus de veille de Toussaint
La colombe
Colombe, l'amour et l'esprit
Qui engendrâtes Jésus-Christ,
Comme vous j'aime une Marie.
Qu'avec elle je me marie.
* *
*
Du beau tétin
Tétin refait, plus blanc qu'un oeuf,
Tétin de satin blanc tout neuf,
Tétin qui fais honte à la rose,
Tétin plus beau que nulle chose ;
Tétin dur, non pas Tétin, voire,
Mais petite boule d'ivoire,
Au milieu duquel est assise
Une fraise, ou une cerise,
Que nul ne voit, ne touche aussi,
Mais je gage qu'il est ainsi.
Tétin donc au petit bout rouge,
Tétin qui jamais ne se bouge,
Soit pour venir, soit pour aller,
Soit pour courir, soit pour baller.
Tétin gauche, Tétin mignon,
Toujours loin de son compagnon,
Tétin qui portes témoignage
Du demeurant du personnage.
Quand on te voit, il vient à maints
Une envie dedans les mains
De te tâter, de te tenir ;
Mais il se faut bien contenir
D'en approcher, bon gré ma vie,
Car il viendrait une autre envie.
Ô Tétin ni grand ni petit,
Tétin mûr, Tétin, d'appétit,
Tétin qui nuit et jour criez :
« Mariez moi, tôt mariez ! »
Tétin qui t'enfles, et repousses
Ton gorgerin de deux bons pouces,
À bon droit heureux on dira
Celui qui de lait t'emplira,
Faisant d'un Tétin de pucelle
Tétin de femme entière et belle.
Clément Marot (1635)
La môme néant
Quoi qu'a dit ? - A dit rin.
Quoi qu'a fait ? - A fait rin.
A quoi qu'a pense ? - A pense à rin.
Pourquoi qu'a dit rin ?
Pourquoi qu'a fait rin ?
Pourquoi qu'a pense à rin ?
- A' xiste pas.
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de Jean Tardieu (1903-1995) dans Monsieur, Monsieur (1951)
ses "Oeuvres Complètes" ont été rééditées en 2003 dans la collection Quarto chez (doux) Gallimard, que du bonheur !
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !
Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?
Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :
Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur angevine
Joachim DU BELLAY (1522-1560) libre de droit, anticipant avec lucidité les regrets des Folles du Fil ligériennes pendant un voyage ligurien..
Le jardin précieux
Les pourpres hortensias timides en leur coin
écoutaient les clochettes à l'entrée du jardin
Les galants gardénias dans leurs suaves pourpoints
entendaient le doux cri des arbres enfantins
Les charmants géraniums agiles et mutins
se lavaient les cheveux tout autour du bassin
Les violettes émues en robe de satin
tendrement respiraient le bon air du matin
Une gente fillette avec un sécateur
en fit tout un bouquet - la fin de ce bonheur
Raymond Queneau (1903-1976) dans "Battre la campagne" [1968]
se retrouve dans les ŒUVRES COMPLÈTES [1989] . Édition de Claude Debon.
TOME I : Si tu t'imagines : Chêne et chien, Les Ziaux, L'Instant fatal - Bucoliques - Monuments - Petite cosmogonie portative - Le Chant du styrène - Le Chien à la mandoline : Le Chien à la mandoline, Sonnets - Cent mille milliards de poèmes - Courir les rues - Battre la campagne - Fendre les flots - Morale élémentaire - Poèmes publiés, non repris en volume - Poèmes inédits - Chansons - Textes surréalistes - Souvenirs inédits, 1792 pages, ill., rel. peau, 105 x
TOME I
Tant gratte chèvre que mal gît,
Tant va le pot à l'eau qu'il brise,
Tant chauffe-on le fer qu'il rougit,
Tant le maille-on qu'il se débrise,
Tant vaut l'homme comme on le prise,
Tant s'élogne-il qu'il n'en souvient,
Tant mauvais est qu'on le déprise,
Tant crie-l'on Noël qu'il vient.
Tant parle-on qu'on se contredit,
Tant vaut bon bruit que grâce acquise,
Tant promet-on qu'on s'en dédit,
Tant prie-on que chose est acquise,
Tant plus est chère et plus est quise,
Tant la quiert-on qu'on y parvient,
Tant plus commune et moins requise,
Tant crie-l'on Noël qu'il vient.
Tant aime-on chien qu'on le nourrit,
Tant court chanson qu'elle est apprise,
Tant garde-on fruit qu'il se pourrit,
Tant bat-on place qu'elle est prise,
Tant tarde-on que faut l'entreprise,
Tant se hâte-on que mal advient,
Tant embrasse-on que chet la prise,
Tant crie-l'on Noël qu'il vient.
Tant raille-on que plus on n'en rit,
Tant dépent-on qu'on n'a chemise,
Tant est-on franc que tout y frit,
Tant vaut "Tiens !" que chose promise,
Tant aime-on Dieu qu'on fuit l'Eglise,
Tant donne-on qu'emprunter convient,
Tant tourne vent qu'il chet en bise,
Tant crie-l'on Noël qu'il vient.
Prince, tant vit fol qu'il s'avise,
Tant va-il qu'après il revient,
Tant le mate-on qu'il se ravise,
Tant crie-l'on Noël qu'il vient.
François Villon (1431-1465?)
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un calendrier de l'Avent du père François de Montcorbier.
"Je suis François, dont il me poise,
Né de Paris emprés Pontoise,
Et de la corde d'une toise
Saura mon col que mon cul poise."
L'hiver qui vient
Blocus sentimental! Messageries du Levant!...
Oh, tombée de la pluie! Oh! tombée de la nuit,
Oh! le vent!...
Oh, dans les bruines, toutes mes cheminées!...
D'usines...
On ne peut plus s'asseoir, tous les bancs sont mouillés;
Crois-moi, c'est bien fini jusqu'à l'année prochaine,
Tant les bancs sont mouillés, tant les bois sont rouillés,
Et tant les cors ont fait ton ton, ont fait ton taine!...
Ah, nuées accourues des côtes de la Manche,
Vous nous avez gâté notre dernier dimanche.
Il bruine;
Dans la forêt mouillée, les toiles d'araignées
Ploient sous les gouttes d'eau, et c'est leur ruine.
Soleils plénipotentiaires des travaux en blonds Pactoles
Des spectacles agricoles,
Où êtes-vous ensevelis?
Ce soir un soleil fichu gît au haut du coteau
Gît sur le flanc, dans les genêts, sur son manteau,
Un soleil blanc comme un crachat d'estaminet
Sur une litière de jaunes genêts
De jaunes genêts d'automne.
Et les cors lui sonnent!
Qu'il revienne...
Qu'il revienne à lui!
Taïaut! Taïaut! et hallali!
Ô triste antienne, as-tu fini!...
Et font les fous!...
Et il gît là, comme une glande arrachée dans un cou,
Et il frissonne, sans personne!...
Allons, allons, et hallali!
C'est l'Hiver bien connu qui s'amène;
Oh! les tournants des grandes routes,
Et sans petit Chaperon Rouge qui chemine!...
Oh! leurs ornières des chars de l'autre mois,
Montant en don quichottesques rails
Vers les patrouilles des nuées en déroute
Que le vent malmène vers les transatlantiques bercails!...
Accélérons, accélérons, c'est la saison bien connue, cette fois.
Et le vent, cette nuit, il en a fait de belles!
Ô dégâts, ô nids, ô modestes jardinets!
Mon coeur et mon sommeil: ô échos des cognées!...
Tous ces rameaux avaient encor leurs feuilles vertes,
Les sous-bois ne sont plus qu'un fumier de feuilles mortes;
Feuilles, folioles, qu'un bon vent vous emporte
Vers les étangs par ribambelles,
Ou pour le feu du garde-chasse,
Ou les sommiers des ambulances
Pour les soldats loin de
C'est la saison, c'est la saison, la rouille envahit les masses,
La rouille ronge en leurs spleens kilométriques
Les fils télégraphiques des grandes routes où nul ne passe.
Les cors, les cors, les cors mélancoliques!...
Mélancoliques!...
S'en vont, changeant de ton,
Changeant de ton et de musique,
Ton ton, ton taine, ton ton!...
Les cors, les cors, les cors!...
S'en sont allés au vent du Nord.
Je ne puis quitter ce ton: que d'échos!...
C'est la saison, c'est la saison, adieu vendanges!...
Voici venir les pluies d'une patience d'ange,
Adieu vendanges, et adieu tous les paniers,
Tous les paniers Watteau des bourrées sous les marronniers,
C'est la toux dans les dortoirs du lycée qui rentre,
C'est la tisane sans le foyer,
La phtisie pulmonaire attristant le quartier,
Et toute la misère des grands centres.
Mais, lainages, caoutchoucs, pharmacie, rêve,
Rideaux écartés du haut des balcons des grèves
Devant l'océan de toitures des faubourgs,
Lampes, estampes, thé, petits-fours,
Serez-vous pas mes seules amours!...
(Oh! et puis, est-ce que tu connais, outre les pianos,
Le sobre et vespéral mystère hebdomadaire
Des statistiques sanitaires
Dans les journaux?)
Non, non! C'est la saison et la planète falote!
Que l'autan, que l'autan
Effiloche les savates que le Temps se tricote!
C'est la saison, oh déchirements! c'est la saison!
Tous les ans tous les ans,
J'essaierai en chœur d'en donner la note.
Jules Laforgue (1860-1887) dans "Derniers Vers"
Merci à Bernard Frank, indispensable chroniqueur littéraire, de m'avoir remis en mémoire ce guilleret poime.
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Laforgue, Jules. - Poésies complètes : 2 / Jules Laforgue ; éd. présentée, établie et annotée par Pascal Pia. - Paris : Gallimard, 1991. - 307 p. : couv. ill. en coul. ;
[Contient : "L'Imitation de Notre-Dame la lune" ; "Le Concile féerique" ; "Des Fleurs de bonne volonté" ; "Derniers vers"]
tout sur Jules Laforgue sur http://www.laforgue.org et sur
Avis des intervenautes.