Zéro.

Publié le 1 Février 2010



Les zéros sont fatigués.


"En été, il fait rudement chaud pour une si petite ville." (Alphose Allais)
...
               Il était arrivé par le train et était descendu à la gare de Saint-Fermat, une très jolie gare pour une ville que traverse l' Oise. On était en début de soirée, et il y avait un silence drôlement épais pour une place qui s'appelait la place de la Mairie.

          Pour son congrès annuel , l'Aprass, Association pour le retour du système sexagésimal, dont l'objectif est la lutte contre le mondialiste et impérialiste système décimal, avait opté pour cette région et ce département, parce que celui-ci portait, dans le code postal et matriculaire, le beau nombre de 60. Ah quel beau nombre , 60! Un nombre qui admet douze diviseurs. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 10, 12, 15, 20, 30 et 60! Quelle divine beauté! quel sacrifice permanent! Alors que le nombre 100, qui est bien plus grand, n'en admet, le pauvre, que huit. Cette merveille de nombre 60, qui régit le temps et la masse des minutes, avec, pour les heures, son sous-multiple 12, qui admet quatre diviseurs, alors que 10 n'en admet, ce gros nul que deux. Sans parler du multiple 360 , qui arrondit les angles, et  de l'impérieux 90, signe de droiture.

          Les membres de cette association avaient quasiment l'impression de faire partie d'une société secrète. Ils étaient en danger: l'industrie et le capitalisme mondial avaient mis leur têtes à pris, lançant des tueurs impavides à leur trousses (on disait même : "Un bon sexagémaliste est un sexagémaliste mort"). Car la disparition du décimal ruinerait l'ordre mondial, et surtout bancaire. Ces entropistes se réuinissaient donc dans des lieux porteurs de sens, mais uniquement pour des spécialistes du calcul mathématique.

          Et, cette année, en pleine canicule, ils avaient choisi Saint-Fermat, dans l' Oise, en l'honneur du célèbre mathématicien, Pierre Fermat, auteur de la non moins célèbre conjecture qui depuis 1640, a fait bouillir les cerveaux de tout homme qui s'intéresse aux calculs autres que rénaux. Pierre Fermat, l'auteur de la fameuse conjecture, malheureusement devenue théorème depuis qu'un iconoclaste rosbif, Andrew Wiles, l'avait validée, en 1995 ...


Jean-Bernard Pouy, né le 2 janvier 1946 à Paris in Chapitre 1 de "Les Zéros sont fatigués", roman interactif dont les autres auteurs sont Lucas Fournier, Patrick Besnier et Hervé Le telleir. Ce roman interactif a été diffusé en 2006 dans l'indispensable émission de France-Culture "Des papous dans la tête".

     On peut écouter cette émisson sur le site Prise de Tête.

     Le texte est lui, disponible dans le " Dictionnaire des Papous dans la Tête" paru en 2007 aux Editions Gallimard France Culture ISBN 978-2-07-078500-1.


Publié dans #pouasie

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anne-marie J 01/02/2010 19:23


Trop drôle !!!!!Je crois que les Papous sont plus compliqués que l'arithmétique. Que dire de l'€ qui nous ramène au 6,.....?


ravel 01/02/2010 19:11


bonjour cher sexe à génère, toujours dans les chiffres asse queue je vois mais permettez moi une petite réprimande ( vous me ferez vingt fois le tour de la table !) le jeune wiles travaillant sur
les "courbes ellyptiques" a démontré le dernier thé au harem de fermat ( A4) en 1994 ... bon peut-être en décembre, certainement le 30 mais en '94, scrogneugneu ... mais nez en moins mes
ficelles de caleçon pour ce texte méconnu !


Marie-Odile 01/02/2010 15:33


Dur dur pour un lundi!!! faut réfléchir mais bon...
Amicalement.
Marie-Odile
Que du bonheur FitzJames cette année encore.


bluetit 01/02/2010 15:18


sylvie connais ses classiques avec les papous papa et les papa papous pas a poux
je me regalais avec les enfants , du temps que les moins de 20 ans ....
merci MTSA pour ce souvenir  et pour Alphonse
bon am il neigeote en Bourgogne


jeanne 01/02/2010 13:53


hou la la, pas de l'algèbre, presque de l'hébreu pour la nulle en chiffre
que je suis...
prof de quoi Mr MTSA ?
Bonne journée
Jeanne