L' invitation au voyage.

Publié le 22 Octobre 2012

 

 

 


 

 

"Voyage au point de croix" par Marie-Thérèse Saint-Aubin

 

               L'observation créatrice… Le sens du détail et l'art des fonds. Lorsque l'on tente d'identifier la qualité particulière des broderies de Marie-Thérèse Saint-Aubin, on ne sait jamais ce qui nous attire en premier : l'extrême précision du trait et des coloris de certains sujets ou la troublante disparition de la matière de ce qu'il faut bien convenir d'appeler le fond… Ce dernier ouvrage ne lève pas le voile sur les secrets de l'attraction que déclenche son travail, mais il conforte notre idée que nous nous faisons du charme, entre l'évoqué et l'explicite.

 

 

Le pinceau subtil …

 


                    Comme du sable sur une vitre après la tempête, les mouchetures des moulinés DMC ou des fils de soie d’Au ver à Soie, esquissent les formes des rêves de Marie-Thérèse Saint-Aubin.

         
               Première image : l’océan comme une flaque immobile, bleue cendre. Seuls coups de brosse sur la toile ainsi posée,  des gris et des blancs hachurés, des nuages sans doute, qui passe dans un ciel que transpercent quelques rais de soleil.

 

               Le ton est donné, la tonalité aussi. C’est un voyage de peintre. On se plait à évoquer les Fauves lorsque la brodeuse donne vie à des danseurs avec dix petits bouts de fils et l’on retrouve Derain et Matisse surprenant quelques éclats de couleurs qui suffisent à évoquer une scène de sardane (bien qu’ici l’on soit au Pays Basque), ou encore certains lavis à l’encre de chine de Picasso esquissant la tête et l’encolure d’un taureau …

                   

Entre madeleine de Proust et sciences naturelles


             

               Il y a longtemps que Marie-Thérèse Saint-Aubin a « oublié » de copier ses sujets… Elle sait mieux que personne nous en rendre l’essentiel. A force d’observation minutieuse, cette adepte inconsciente ( ?) de la psychologie de la forme, peint d’un fil précis le détail qui éclaire et rend évident l’objet de son étude. Le reste alors peut être comme digéré par la toile, il sert – dans ses confins atténués – à rendre évident l’origine du motif.

               Ce dernier ouvrage, le plus personnel sans doute, se grapille avec gourmandise. Emaillé de petits textes écrits à la plume et picorés qui, chez Proust - « cette petite flamme rose de cierge, c’était leur couleur encore, mais à demi éteinte et assoupie dans cette vie diminuée… » - qui dans un cahier de science nat. « La couche interne de la coquille est formée de nacre, c’est à dire de carbonate de calcium et de conchyoline », ce bel album s’achève sur un cahier technique qui  vous permettra, le temps d’une broderie, de découvrir toute la virtuosité et la sensibilité de MTSA.
 

"Voyage au point de croix" par Marie-Thérèse Saint-Aubin - Collection Carte blanche - Editions Le Temps Apprivoisé


Jean-Charles Durand (né en 1949) in ''L' aiguille en fête" (le site).

Publié dans #pouasie

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Odette 31/10/2012 00:26


comme c'est mérité...! Bravo et merci de partager tant de beau avec nous...

A-M J 22/10/2012 20:40


Ben moi j'aime , mais je ne sais pas faire de littérature pour le dire. Merci pour le bonheur d'aimer.

Elisabeth D. 22/10/2012 19:52


Rien à ajouter...Tout est déjà dit.

Marie-Odile 22/10/2012 14:29


ouah!!!!!!!!! keske c'est bien dit!!!!!!!!


 


et c'est tellement vrai!!!!!


 


Amicalement.
Marie-Odile (et Alain!!!!)

Flo 22/10/2012 13:11


paroles si vraies !


 La MTSA  peint et brode avec une extrème précision et  une si habile minutie digne du meilleur chirugien mais oui elle est ' chirugien'du fil!


attention les chevilles....faut me surveiller cela petite dame!