Immenses possibilités.

Publié le 13 Juin 2011

 

 

 

Italien

 

                    L' Homme se prouve par le chapeau mou, qui le distingue des autres primates. Mais, même prouvé par le chapeau mou, l' homme a beau être réellement homme, l' Italien l' est encore plus que lui. D' abord parce qu'il ajoute des plumes au chapeau mou, des plumes vertes qui font lyrique. Rien n' est plus beau que de le voir se marier dans cette parure ornithologique. En chantant Sole mio. On dirait l' oiseau-lyre. J' ai eu ce bonheur en Italie. C' est un tableau qu' on oublie pas.

               Mais, avec ou sans plumes, l' Italien a toujours quelque chose de si humain qu'il est toujours plus homme que l' homme. Nous ne le sommes, nous, qu' en amateurs; et au hasard pour ainsi dire; par suite de quelque heureuse rencontre entre les circonstances et notre faible talent. L' Italien l' est en virtuose. L' Italien, c' est le professionnel. Il n' a que laisser faire ou sa tête ou son coeur , son savoir-faire ou son génie, de toute façon, il imite l' homme à s'y méprendre. Rien d' humain ne lui est étranger. Nous ne sommes à côté  de lui que des barbares nordiques, paralysés de préjugés, empêtrés de morale, d' hypocrisie, de respect humain, de fausse honte. L' Italien c 'est Polichinelle, c' est Roméo, c' est Garibaldi. C' est Paillasse et c' est Pantalon. Il ne rougit de rien de lui même. Il s 'enthousiasme pour l' amour., la gloire, l 'escroquerie, la Sainte Vierge, la Traviata, le banditisme sicilien, les chiens errants, le pétrole saharien. Sans compter la chianti, l' asti , et même le lacryma christi, qui a l' âme ardente et sèche des cailloux du Vésuve. Et le gros rouge. Le joyeux Italien le boit frais. Au goulot.

               Il est sincère, de tant de façons contradictoires et mêms trompeuses qu' il l' est parfois avec sincérité. Bref, nul plus que lui ne sent comme l' homme. Et ne sent comme l' homme le premier. Le pressent même. 


 

Alexandre VIALATTE (1901-1971) in "L' automate" Chroniques des immenses possibilités. ©Julliard 1993. Chronique de la Montagne reprise chez Arléa en 2002 dans "Bestiaire" avec de superbes dessins d 'Honoré (ISBN 2-86959-555-7).

 

 

 

Publié dans #pouasie

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becassine 17/06/2011 17:19



Quelle belle et juste description, qui plus est, pleine d'humour !!! Monsieur Ze Chiffe je vous félicite opur vos recherches toujours pertinentes !!! Bonne fin de journée bisous Liliane



piroshka 13/06/2011 15:00



On dit  : Un Français c'est un Italien de mauvaise humeur  !


Amitiés   Edith



lacigalepapivore 13/06/2011 11:43



Jugement masculin , donc sévère  ..... comme l'empereur lybien car natif de la Tripolitaine !!!! Bonne fin de séjour Bisous  ANNIE



doscille 13/06/2011 10:56



je n'ai jamais soupçonné que ce fut cette imperceptible différence qui me tint en amour depuis....(bien sûr l'hycrite n'a jamais mit de plume verte à son chapeau mou qu'il n'a pas non
plus!)



Dominica 13/06/2011 10:29



Bien vu.