Herbe.

Publié le 1 Juillet 2013

 

 

 

 


 

 

 

Je vais sur la pelouse humide de rosée

 


Je vais sur la pelouse humide de rosée,
D'un pas léger, les yeux riants, l'âme brisée
De tendresse, de joie indicible et d'amour.
Le jour descend en moi comme un baiser, le jour
Me pénètre et m'enlève à la terre. J'adore.
Le jardin resplendit sous le ciel frais. L'aurore
A troué les pins drus et noirs d'un rouge orteil.
Une perle d'eau claire étincelle au soleil.
L'herbe est comme une mer où l'onde poursuit l'onde.
L'allée a de lascifs contours de femme blonde.
Le lierre en feu frissonne à la crête d'un mur.
Un oiseau que le vent balance dans l'azur
Chante sur le bouleau sans feuille encor. Je rêve,
Au sein d'une lumière heureuse, ivre de sève
Et d'air, le front tourné vers l'orient, et tel
Qu'un jeune dieu qui vit son matin immortel.

Ainsi, dans le jardin lustré de pousses vertes,
Je vais, joignant les mains et les lèvres ouvertes
Pour répandre l'amour dont mon coeur s'est gonflé
Devant l'aube, le vierge azur, le lierre ailé.
L'oiseau chante, le ciel sourit et l'herbe pleure.
" Seigneur, dis-je, votre oeuvre est belle et voici l'heure,
Père infiniment bon et sublime ouvrier,
Où je voudrais des mots surhumains pour prier,
Des vers religieux et purs comme les psaumes
Qu'entonnent sous le vent les pins aux vastes dômes.
Par un hymne de joie et d'adoration,
Rendre grâce à l'auteur de la création,
Oui, Seigneur ! Mais je porte, hélas ! pauvre poète,
La malédiction d'une langue muette :
Tout ce qui chante en moi de confuse beauté
S'éteint dans mon esprit avant d'avoir été,
Et ce brin d'herbe avec la perle qui le courbe,
Rit de ma plume où point une goutte de tourbe. "

Ayant dit, et soudain déchu de mon orgueil,
Je m'arrête et j'embrasse encor, d'un long coup d'oeil,
Le grand jardin natal aux brillantes allées ;
Derrière elle laissant les heures écoulées,
L'ombre plus courte atteint le milieu du cadran.
Chaque toit bleu chatoie au soleil comme un paon ;
Et tandis que le ciel de midi sur le sable
Epanche en flots de feu son urne intarissable,
Indifférente au drame obscur de mon esprit,
La nature féconde et forte me sourit.


 

Charles GUERIN (1973 873-1907) in "Le semeur de Cendres".

 

 

Publié dans #pouasie

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jacqueline 01/07/2013 22:37


J'adore ce poème et ceux que vous choisissez en general!

quaquie 01/07/2013 17:12


t'es sûr de la date de naissance ? 873/1907... la poésie çà conserve à ce point ?

fanarose 01/07/2013 14:48


Tant qu'il y aura des poetes , des gens qui les publieront un lundi matin et d'autres qui les liront...on ne pourra totalement désespérer de l'humanité !!!

Marie-Claire 01/07/2013 14:24


Un beau poème    bon apres-midi    Marie-Claire

Maxante 01/07/2013 12:47


Bonjour, merci de me faire connaitre ce poête !


Ceci dit, je trouve ces vers un peu trop chargés, trop riches alourdissant


le poème. Mais il est très intéressant malgré tout à lire...