Garder son esprit.

Publié le 16 Mai 2011

 

 

 

               Ce fut comme une apparition:


     Elle était assise, au milieu du banc, toute seule; ou du moins il ne distingua personne, dans l'éblouissement que lui envoyèrent ses yeux. En même temps qu'il passait, elle leva la tête; il fléchit involontairement les épaules; et, quand il se fut mis plus loin, du même côté, il la regarda.

     Elle avait un large chapeau de paille, avec des rubans roses qui palpitaient au vent, derrière elle. Ses bandeaux noirs, contournant la pointe de ses grands sourcils, descendaient très bas et semblaient presser amoureusement l'ovale de sa figure. Sa robe de mousseline claire, tachetée de petits pois, se répandait à plis nombreux. Elle était en train de broder quelque chose; et son nez droit, son menton, toute sa personne se découpait sur le fond de l'air bleu.

      Comme elle gardait la même attitude, il fit plusieurs tours de droite et de gauche pour dissimuler sa manoeuvre; puis il se planta tout près de son ombrelle, posée contre le banc, et il affectait d'observer une chaloupe sur la rivière.

      Jamais il n'avait vu cette splendeur de sa peau brune, la séduction de sa taille, ni cette finesse des doigts que la lumière traversait. Il considérait son panier à ouvrage avec ébahissement, comme une chose extraordinaire. Quels étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé? Il souhaitait connaître les meubles de sa chambre, toutes les robes qu'elle avait portées, les gens qu'elle fréquentait; et le désir de la possession physique même disparaissait sous une envie plus profonde, dans une curiosité douloureuse qui n'avait pas de limites.

      Une négresse, coiffée d'un foulard, se présenta, en tenant par la main une petite fille, déjà grande. L'enfant, dont les yeux roulaient des larmes, venait de s'éveiller. Elle la prit sur ses genoux. "Mademoiselle n'était pas sage, quoiqu'elle eût sept ans bientôt; sa mère ne l'aimerait plus; on lui pardonnait trop ses caprices." Et Frédéric se réjouissait d'entendre ces choses, comme s'il eût fait une découverte, une acquisition.

      Il la supposait d'origine andalouse, créole peut-être; elle avait ramené des îles cette négresse avec elle?

Cependant  , un long châle  à bandes violettes était placé derrière son dos, sur le bordage de cuivre. Elle avait dû, bien des fois, au milieu de la mer, durant les soirs humides, en envelopper sa taille, s'en couvrir les pieds, dormir dedans! Mais, entraîné par les franges, il glissait peu à peu, il allait tomber dans l'eau, Frédéric fit un bond et le rattrapa. Elle lui dit:

- "Je vous remercie, monsieur."


Leurs yeux se rencontrèrent.

 

- "Ma femme, es-tu prête?" cria le sieur Arnoux, apparaissant dans le capot de l'escalier.

 

 

Gustave FLAUBERT (1821-1880) in "L' Éducation sentimentale".

Publié dans #pouasie

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quaquie 24/05/2011 08:41



est ce Flaubert ou "Monsieur MTS" qui trouble ainsi notre gene ?


 



Geneviève 17/05/2011 10:19



Mon Dieu voila que je me met à radoter maintenant !!!!! Je viens de voir que mon com était le premier de la liste  Je vous promet que ce n'était pas pour passer plusieurs fois sur le blog !



Geneviève 17/05/2011 10:17



Il me semblait pourtant avoir mis un commentaire sur cette page que j'avais beaucoup aimé ? Sensure ? Et de qui ? Encore une manœuvre néfaste d'OB complètment dans les choux ces jours ci je
suppose.........



AMY 16/05/2011 20:09



COMME TU DIS NIKITA  je me demande comment elle fait !!!!!moi   bin........peu pas!!!!!!c'etait tres beau et moi aussi j'ai cru qu'il nous parlais de MT  



nikita 16/05/2011 19:29



Zut! demasquée! Vous m'aviez reconnue...hein?! Mon bonnet à rubans roses???


Dites, j'ai fait un essai de broder en voiture: mais faut être malade pour tenter de planter une aiguille dans un trou qu'est même pas prévenu....Sur un banc, je veux bien, ça fait très
Flaubertien. Mais en voiture?qu'est-ce que les SaintAubin utilisent comme carrosse?


Bon, dans la voiture, on a bien ri tout de même...et on s'incline bien bas sur les prouesses réalisées par Madame StAubin.