Sept lustres ?

Publié le 17 Décembre 2007


                Ajoutez que les femmes déjà sur le retour sont plus savantes dans l'art d'aimer ; elles ont l'expérience, qui seule perfectionne tous les talents. Elles réparent par la toilette les outrages du temps, et parviennent, à force de soins, à déguiser leurs années. Elles sauront à ton gré, par mille attitudes diverses, varier les plaisirs de Vénus : nulle peinture voluptueuse n'offre plus de diversité. Chez elles le plaisir naît sans provocation irritante, ce plaisir le plus doux, celui que partagent à la fois et l'amante et l'amant. Je hais des embrassements dont l'effet n'est pas réciproque ; aussi les caresses d'un adolescent ont-elles pour moi peu d'attrait. Je hais cette femme qui se livre parce qu'elle doit se livrer, et qui, froide au sein du plaisir, songe encore à ses fuseaux. Le plaisir qu'on m'accorde par devoir cesse pour moi d'être un plaisir, et je dispense ma maîtresse de tout devoir envers moi. Qu'il m'est doux d'entendre sa voix émue exprimer la joie qu'elle éprouve, et me prier de ralentir ma course pour prolonger son bonheur ! J'aime à la voir, ivre de volupté, fixer sur moi ses yeux mourants, ou, languissante d'amour, se refuser longtemps à mes caresses !

        Mais, ces avantages, la nature ne les accorde pas à la première jeunesse : ils sont réservés à cet âge qui suit le septième lustre. Que d'autres, trop pressés, boivent un vin nouveau ; pour moi, que l'on me verse d'un vieux vin qui date de nos anciens consuls. Ce n'est qu'après un grand nombre d'années que le platane peut lutter contre les ardeurs du soleil, et les prés nouvellement fauchés blessent nos pieds nus. Quoi ! tu pourrais préférer Hermione à Hélène ? et la fille d'Althée l'emporterait sur sa mère ? Si donc tu veux goûter les fruits de l'amour dans leur maturité, tu obtiendras, pour peu que tu persévères, une récompense digne de tes voeux.

        Mais déjà le lit complice de leur plaisirs a reçu nos deux amants. Muse, arrête-toi à la porte close de la chambre à coucher ; ils sauront bien, sans toi, trouver les mots usités en pareil cas, et leurs mains dans le lit ne resteront pas oisives. Leurs doigts sauront s'exercer dans ce mystérieux asile où l'Amour aime à lancer ses traits. Ainsi, jadis, près d'Andromaque, en usait le vaillant Hector, dont les talents ne se bornaient pas à briller dans les combats. Ainsi le grand Achille en usait avec sa captive de Lyrnesse, lorsque, las de carnage, il reposait près d'elle sur une couche moelleuse. Briséis, tu te livrais sans crainte aux caresses de ces mains, toujours teintes du sang des Troyens. Ce qu'alors tu aimais le plus, voluptueuse beauté, n'était-ce pas de te sentir pressée par ces mains victorieuses ?

        Si tu veux m'en croire, ne te hâte pas trop d'atteindre le terme du plaisir ; mais sache, par d'habiles retards, y arriver doucement. Lorsque tu auras trouvé la place la plus sensible, qu'une sotte pudeur ne vienne pas arrêter ta main. Tu verras alors ses yeux briller d'une tremblante clarté, semblable aux rayons du soleil reflétés par le miroir des ondes. Puis viendront les plaintes mêlées d'un tendre murmure, les doux gémissements, et ses paroles, agaçantes qui stimulent l'amour. Mais, pilote maladroit, ne va pas, déployant trop de voiles, laisser la maîtresse en arrière ; ne souffre pas non plus qu'elle te devance : voguez de concert vers le port. La volupté est au comble lorsque, vaincus par elle, l'amante et l'amant succombent en même temps. Telle doit être la règle de ta conduite, lorsque rien ne te presse et que la crainte ne te force pas d'accélérer tes plaisirs furtifs. Mais, si les retards ne sont pas sans danger, alors, penché sur les avirons, rame de toutes tes forces, et presse de l'éperon les flancs de ton coursier.


OVIDE Publius Ovidius Naso (43 avant JC- 17 après JC) in "L'Art d'Aimer" traduction reprise de l'esquellent site mediterranées.net

Publié dans #pouasie

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Albe erre 17/12/2007 20:36

Vu qu'ils me sont loins les 7 lustres, le premier qui me parle de fût de chêne ou de barrique je le pulvérise...

nahv 17/12/2007 17:59

qu'en termes légers ces choses-là sont dites !ovide n'a rie à envier à bataille ( georges et pas fontaine !! ), sade et autres écrivains zérotiquesquelle sensualité, quelle délicatesse, quelle douceur avant que ne jaillisse ... en flots tumultueux les plaisirsje dirais même plus :" c'est dans les vieilles peaux que l'on cuit les meilleurs rôtis "

cocoricoco 17/12/2007 17:06

vous savez quoi et non pas qui ! j'ai cru que c'érait un morceau de harry potter à cause d'hermione et puis les lustres de Poudlard et tout il manque que la voie 9 3/4. Bon je ne suis pas très Rome antique en ce jour gris peut être car je viens de passer la barre des 5 lustres. en tous cas Ovide ton sac a raison  com le dicton : "c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes".Bécots glacés

Ella 17/12/2007 11:19

où conduisent les vapeurs de l'eau de Javel !!!!!!!!!!!!!!merci pour le blog !

Mich謥 17/12/2007 09:35

Merci une nouvelle fois de nous servir d'aussi belles pages sur un plateau !Comme d'habitude!Il y a là de quoi séduire le plus réticent des élèves et l'amener à se  plonger dans la littérature latine !!!!!Bon et joyeux Noël !