Olivante

Publié le 26 Novembre 2007

     

 LES OLIVES



    Olives vertes, vâtres, noires.
    L'olivâtre entre la verte et la noire sur le chemin de la carbonisation. Une carbonisation en douce, dans l'huile — où s'immisce alors, peut-être, l"idée du rancissement.
    Mais... est-ce juste?
    Chaque olive, du vert au noir, passe-t-elle par l'olivâtre? Ou ne s'agit-il plutôt, chez d' aucunes, d'une sorte de maladie?

    Cela semble venir du noyau, qui tenterait, assez ignoblement alors, d'échanger un peu de sa dureté contre la tendresse de la pulpe... Au lieu de s'en tenir à son devoir; qui est, tout au contraire, non de durcir la pulpe (sous aucun prétexte!), mais contre elle de se faire de plus en plus dur... Afin de la décourager au point qu'elle se décompose... et lui permette, à lui, de gagner le sol, — et de s'y enfoncer. Libre … lui, alors (mais alors seulement), de se détendre s'entr'ouvrir...et germer.

    Quoi qu'il en soit, l'accent circonflexe se lit avec satisfaction sur olivâtre. Il s'y forme comme un gros sourcil noir sous lequel aussitôt quelque chose se pâme, tandis que la décomposition se prépare.

    Mais quand l'olive est devenue noire, rien ne l'est plus brillamment. Quelle merveille, ce côté flétri dans la forme... Mais Savoureuse au possible, et polie mais non trop, sans rien de tendu.
    Meilleur suppositoire de bouche encore que le pruneau.

    Après en avoir fini de ces radotages sur la couleur de la pulpe et sa forme, venons-en au principal — plus sensible à sucer le noyau — qui est la proximité d'olive et d'ovale.

    Voilà une proximité fort bien jouée, et comme naïve.
    Quoi de plus naïf au fond qu'une olive ?
    Gracieuses et prestes dans l'entregent, elles ne font pas pour autant les sucrées, comme ces autres jeunes filles: les dragées ... les précieuses !
    Plutôt amères à vrai dire. Et peut-être faut-il les traiter d'une certaine façon pour les adoucir: les laisser mariner un peu.
    Mais d'ailleurs, ce qu'on trouve enfin au noyau, ce n'est pas une amande: une petite balle; une petite torpille d'un bois très dur, qui peut à l'occasion pénétrer facilement jusqu'au coeur...
    Non! N'exagérons rien! Sourions-en plutôt (d'un côté du moins de la bouche), pour la poser bientôt sur le bord de l'assiette...

... Voilà qui est tout simple. Ni de trop bon ni de trop mauvais goût... Qui n'exige pas plus de perfection que je ne viens d'y mettre... et peut plaire pourtant, plaît d'habitude … tout le monde, comme hors-d'oeuvre.


Francis Ponge (1899-1988) in '' Pièces''.

Publié dans #pouasie

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Mirelha 27/11/2007 11:49

Hep, les filles, je vous attends pour notre expo sur l'olivier ainsi que pour les dégustations d'olives et de plats à base d'olives (de l'entrée au dessert, ça va pas être facile !), à Pennautier, à côté de Carcassonne, en octobre 2008 !

nahv 26/11/2007 18:51

ah l'olive !!! le fruit, l'électrique, à racommoder les chaussettes, la compagne de popeye, celle qui se loge entre les muscles du postérieur lorsque l'on a peur, la médicamenteuse, quelle vie n'a-t-elle pas ? peignée, ratissée, écrasée, dénoyautée, sublimée en huile ...et l'olivier, tourmenté, ras du sol, accroché à la rocaille ...et le rameau, symbole entre tous !!cet arbre, vieux comme hérode, planté sur le mont du même nom, où pierre a renié 3 fois, où un Homme passa sa dernière nuit ...merde, zechiffe, ce sont ces textes que l'on aime, que l'on attend, que l'on relit, pour le plaisir.du soleil en hiver !

Cerise violette 26/11/2007 14:20

Je reviens du Maroc avec des seaux d'olives vertes et noires que nous avons préparées . Les noires deviennent claires dans leur jus ...pas olivâtre . Est-ce normal , docteur ?

Cath la Cigale 26/11/2007 11:31

En bonne provençale du cru, je vous signale qu'une olive verte est verte parce que non mure (et cueillie comme telle) et une olive noire est mure. Il n'existe donc pas deux races d'olivier (une pour les vertes et une pour les noires lol !!!) mais une seule ou les fruits sont ramassés (et non pas cueillis) verts ou murs.... et suivant le degré de murissement de l'olive, l'huile du même nom aura un gout différent...C'était la page culturelle provençale de la Cigale lol !!!!A bientot !!!PS : au fait Madame St Aubin, tu pourrais pas nous (dessiner) broder une jolie branche d'olivier (avec les olives bien sur....) bien de chez moi ????? SVP ????

Mirelha 26/11/2007 10:31

Génial ! Pour mon expo sur les olives, je me fie à toi, cher Chiffe-bla-blogueur ! Encore, encore des textes, des grilles sur les olives... Le texte de Racine goûtant une olive crue lors de sa venue à Uzès vaut son pesant de ... noyau ! On le trouve sur le site de la BNF (Jean Racine, Lettres d'Uzès). Bonne journée.