Aupickures de mouches

Publié le 27 Août 2007


Une Charogne

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
          Ce beau matin d'été si doux :
Au détour d'un sentier une charogne infâme
          Sur un lit semé de cailloux,
 
Le ventre en l'air, comme une femme lubrique,
          Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
          Son ventre plein d'exhalaisons.
 
Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
          Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
          Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;
 
Et le ciel regardait la carcasse superbe
          Comme une fleur s'épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l'herbe
          Vous crûtes vous évanouir.
 
Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
          D'où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
          Le long de ces vivants haillons.
 
Tout cela descendait, montait comme une vague
          Ou s'élançait en pétillant ;
On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
          Vivait en se multipliant.
 
Et ce monde rendait une étrange musique,
          Comme l'eau courante et le vent,
Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique
          Agite et tourne dans son van.
 
Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
          Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
          Seulement par le souvenir.
 
Derrière les rochers une chienne inquiète
          Nous regardait d'un œil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
          Le morceau qu'elle avait lâché.
 
– Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
          A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
          Vous, mon ange et ma passion !
 
Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
          Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,
          Moisir parmi les ossements.
 
Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
          Qui vous mangera de baisers,
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
          De mes amours décomposés !

Charles Beaudelaire (1821-1867) in "Les Fleurs du Mal" Spleen et Idéal, XXIX

Publié dans #pouasie

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Mirelha 28/08/2007 16:15

Tu comprends après ça qu'on veuille se faire incinérer quand viendra l'heure !

nikita 27/08/2007 11:54

ô ma beauté, amours décomposésvermine qui vous mangera de baisers...mouais, même avec l'image du geste agile du vanneur, le bruit m'importune encore que l'odeur!Un peu de Malodore, siou plait Argentueil!

nélastic 27/08/2007 09:29

ça c'est de la poesie!, j'adore les fleurs du mal, mais j'avoue que celui-là peine toujours à passer, surtout le matin, après le tit dej...t'as un probleme? tu voulais voir si on suivait? je la fais livrer où, ma cuvette?

doscille 27/08/2007 09:28

horreur!c'est pour ça que je ne supporte pas les mouches!après ,elle viennent dans mon assiette ou sur la bouche d'un bébé....!